Jour 11 | Visite de Francois de Terre-Neuve

 

Un fijord au large de Saint-Pierre et Miquelon. Tout petit et si singulier. Il me rappelle les anciennes histoires de mes grands parents du bas du fleuve.  

 

Francois se prononce « Fransway » et s’écrit sans cédille. Difficile de décrire la beauté de ce minuscule village terre-neuvien avec ses trottoirs en bois, ses maisons colorées blotties les unes contre les autres, son église blanche et ses bateaux de pêche. D’un côté, les montagnes du fjord, hautes, sauvages ; de l’autre, une baie de deux kilomètres qui se jette dans l’océan.

 

Aucune route ne mène à Francois. Le bateau met quatre heures pour franchir la distance qui le sépare de la ville la plus proche. Ici, personne ne verrouille ses portes. Il n’y a ni rue ni adresse. Si vous voulez vous rendre chez quelqu’un, on vous dit : « C’est la maison blanche à côté du bureau de poste. »

 

 

 

Francois est ravitaillé par bateau. L’unique magasin général, centre nerveux du village, vend de tout, du maquillage aux clous en passant par l’alcool, la nourriture et les médicaments.

 

Tout le monde connaît tout le monde. Normal quand un village ne compte que 74 habitants. Seuls 11 enfants fréquentent l’école, qui va de la maternelle à la 12e année. Les plus vieux suivent leurs cours en ligne, les autres se partagent deux enseignants.  Onze enfants, c’est tout ce qu’il reste. Le plus jeune a 5 ans.

 

La population de Francois vieillit, la plupart des habitants ont plus de 50 ans. Personne n’a entre 18 et 34  ans, un trou générationnel vertigineux. Les jeunes partent, ils quittent Francois pour étudier ou travailler. Ils ne reviennent pas, car le village n’a pas grand-chose à leur offrir à part sa beauté, son silence tranquille, sa vie au ralenti et ses grands espaces.

Francois est en train de mourir. Tous le savent, mais la plupart refusent d’en parler.

 

Quand nous sommes arrivées en bateau, l’accueil a été poli et froid.

Deux mondes se rencontraient : Moi une canadienne francaise de la grande ville et eux, des anglophones d’un minuscule village perdu aux confins de Terre-Neuve.

 

Le soir venu, nous avons été invité à faire la fête au centre communautaire. Accordéon et flûte au menu. Nous avons dansé sans arrête. Ce fut une belle soirée, chaleureuse et accueillante. Les habitants sont sympathiques et relaxes. 

 

 En 2013, les habitants ont voté contre la fermeture du village. Pourtant, le gouvernement terre-neuvien avait offert 270 000 $ à chaque famille en guise de compensation. Le scrutin devait recueillir 90 % des voix, sinon le village ne fermait pas et les habitants ne touchaient pas les 270 000 $ promis.

Austin Fudge, « maire » de Francois, vieillit. Ses enfants sont partis. « Ils ne reviendront jamais, explique sa femme, Audrey. Nous n’avons pas vu notre petite-fille depuis plus d’un an. »

 

Un jour, il y aura un autre vote, puis un autre et encore un autre. Même si personne ne croit que Francois survivra, une question reste en suspens : combien d’années avant que le village ne meure ?

 

 

 

 

 

 

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