Jour 8 | À la rencontre des chevaux sauvages de l'île de Sable !

 

Deuxième journée à me rendre sur l'île de Sable. Je suis prête dès les petites heures du matin, je ne veux plus dormir. La température est différente aujourd'hui. Il y a du brouillard. Nous ne voyons rien sur l'eau entre l'île et le bateau. 

 

 

Cette île m’a fait rêver hier soir. J’ai encore mes images dans ma tête de ma première rencontre avec ces chevaux si uniques. 

 

 

 

Réflexion | Ce matin, je relis un texte provenant de Marie Tison dans La Presse, que l'on m'avait remise avant mon départ pour Terre-Neuve, qui m'informa plus en détail de la formation de cette île.

L'île de Sable aurait été formée lors d'une des dernières glaciations, alors que le niveau de la mer était plus bas de 35 mètres. Il s'agirait d'une moraine terminale, soit un gigantesque amas de sable poussé par un glacier, puis laissé sur place à la fonte de cette rivière de glace. L'île a subsisté au cours des années en raison de la présence de deux courants maritimes, le courant du Labrador au nord et le Gulf Stream au sud. L'île demeure fragile et se modifie sans cesse. Ses étangs d'eau douce sont sans cesse menacés par l'ensablement et des irruptions d'eau de mer lors de tempêtes.

''Il fait environ 15 degrés, le temps est brumeux et pluvieux. Dans la brume épaisse, nous nous déplaçons à l’aide d’un GPS pour être en mesure de trouver le bon chemin vers l’île. En route, je regarde à gauche et à droite, je ne vois rien, comme si j’étais dans un nuage de petite pluie. Je ne vois qu’une brume épaisse et mes coéquipiers.''

 

RÉFLEXION | J’imagine les premiers colons qui se rendirent sur les côtes au début des années 1500 et qui trouvèrent par erreur cette île dans la brume au beau milieu de l'Atlantique. 

 

HISTOIRE | L'île apparaît sur les cartes en 1505 sous le nom de « Santa Cruz ». Son nom actuel apparaît en 1546 quand le cartographe portugais Joannes Freire la nomme « I. do Sable ». Le nom descriptif proviendrait du français. Bien que la version « Sandy Island » ait existé dans les très vieilles cartes, le nom de l'île est maintenant connu sous le nom de « Sable Island » Une tentative de colonisation par la France à l'initiative de Troilus de Mesgouez à la fin du xvie siècle échouera. Ce n’est qu’ 1597, qu’une deuxième mission de reconnaissance en Amérique s’est produite et c’est à la suite du rapport que ce dernier décida qu'il installera une colonie sur l'île de Sable au Canada. Selon la légende, ces chevaux auraient échappé à un terrible naufrage et se seraient réfugiés dans l'île. La réalité est encore plus fascinante: la présence des chevaux est liée au Grand Dérangement. De nombreux Acadiens ont dû abandonner leurs animaux de ferme lors de la déportation de 1755. Un riche commerçant de Boston, Thomas Hancock, a mis la main sur les chevaux et d'autres animaux et, pour des raisons qui restent à élucider, les a installés dans l'île de Sable.

 

RÉFLEXION | Lorsque l’on sait que le brouillard est fréquent dans ces eaux, environ 150 jours par année, j’imagine les navigateurs en provenance d’Europe qui autrefois devaient se fier aux étoiles pour rejoindre la terre ferme d’Halifax. C’est probablement pour cela que l’île de Sable porte le nom légendaire de «cimetière de l’Atlantique». Selon l'histoire, plus de 350 naufrages et plus de 10 000 morts sont estimés dans les eaux autour de cette île. La situation était tellement critique qu'au XIXe siècle, les autorités ont installé une station de sauvetage dans l'île pour venir en aide aux malheureux naufragés. Les hauts-fonds, le climat tumultueux, la mer qui se déchaîne, voilà des images réelles de l’Île de Sable. À la jonction du courant chaud Gulf Stream et du courant froid du Labrador, je comprends, étant moi-même sur l’eau, comment ce lieu de l’atlantique devait être meurtrier.

 

Nous nous déplaçons sans crainte. Il faut dire que la capitaine du Zodiac qui se nommait Dan, a beaucoup d’expérience et deux sorties sur l’île de Sable à son actif. De plus, elle conduit des Zodiacs dans le Grand Nord canadien depuis des années. Avec ses grands yeux bleus, son beau sourire et sa détermination, nous sentions sa joie de retrouver encore une fois, cette île merveilleuse. Nous sommes convaincus d’être entre bonnes mains.
 

Enfin, le brouillard dépassé, je vois maintenant  l’île de Sable au loin. 

 

 

 Arrivée enfin sur l’île. les responsables de Parcs Canada nous accueillent. Ils nous aideront à sortir du Zodiac. Ils sont très professionnels et souriants.  Tout ce fait en douceur. C’est un charme, malgré ces immenses vagues qui déferlent je n’ai jamais perdu pied. Disons que c’était une affaire fafa! Comme diraient les enfants.

 

RÉFLEXION | Imaginez lorsque les premiers colons déposaient leurs pieds sur cette île, ils n’en croyaient sûrement pas leurs yeux. Déjà de s’y rendre devait être tout un exploit. Sortir du bateau dans cette mer agitée et se rendre sur l’île en petite embarcation de bois. Je peux comprendre que certains n’en sont pas revenus. Le temps est si incertain là-bas. Il peut faire beau et quelques minutes ensuite faire une tempête.

 

Je me dirige vers la grande dune à l’intérieur de l’île. Arrivée, je contemple le paysage; grand, brumeux, dépouillé, plein de vallons, les chevaux semblent ne pas se soucier de la pluie. Alors, moi, non plus, cette pluie ne m'atteint pas et de plus, cette brume semble donner au paysage un air mystérieux et mythique.

 

 

Sur l' île, il n’y a pas d’arbres, ni de grottes, il n'y a rien pour se cacher du mauvais temps. C’est pourquoi certains chevaux ont développé un pelage particulier ressemblant à du poil de mouton c'est leur pelage d'hiver. En juin, plusieurs ne se sont pas encore départie de ce pelage. 

 

Ils sont en santé. Les étalons sont musclés et leur poil est soyeux. N’ayant personne pour les entretenir ils ont leur cheveu en forme de rasta. Leurs sabots sont naturels. C’est vraiment particulier.

 

 RÉFLEXION | Pendant la saison froide du mois de janvier à mars, quelques chevaux ne supporteront pas le froid. Le troupeau vacille entre 500 et 450 chevaux par année. Il y a des pertes et il y a des naissances. Lorsque le cheval est blessé, la famille l’aide mais s’il ne peut se rétablir, ils le laisseront mourir et sa carcasse sera mangée par les oiseaux migrateurs. C’est celà,  la force de la nature. Il n’y a pas de domestication et la nature fait son œuvre.

 

À cause des courants marins, la température de l’île n’est pas froide comme au Québec. En hiver, la température est d’environ -5 à -15 degrés Celsius. C’est les vents qui sont forts, très forts, glaciaux. En été, surtout vers les mois d'août et de septembre, il semble que c’est le meilleur moment pour s’y rendre, car le climat est radieux, les vents légers. Il fera environ 20 degrés.  

 

Je continue ma marche vers les dunes. Il pleut et il y  a du brouillard. Les chevaux sont différents. J'assiste à une approche d'un étalon, assez sexy...messieurs.

 

 

 Un autre beau cheval avec son pelage.

 

 

Les marais. Les chevaux y viennent s'y abreuver. Gorgés d'eau douce, ces marais sont primordiaux pour la survie des chevaux. 

 

Quelle beauté.......

 

 

 RÉFLEXION | Il y a plusieurs races de chevaux à l'île de Sable. Ils sont arrivés les siècles derniers, ils se sont métissés, aujourd'hui c'est ce qui rends ces chevaux sauvages si uniques. Habituellement les chevaux sauvages se ressemblent selon le territoire. Sur une île si petite, c'est fou de voir cette diversité.  

 

 

 

Il faut être en forme pour se déplacer sur l'île, Les distances sont grandes à pieds d'homme.

 

J'assiste à un très beau signe d'amour entre les chevaux. L'étalon et la jument en train de se caresser le museau.

 

 

Je me promène et  caché en arrière d'une petite butte se lève la tête d'un magnifique cheval. La surprise de ma journée. Il était caché et il a sortie sa tête comme s'il m'avait entendu arriver. Il me regarde avec ses beaux grands yeux. 

 

 

À quelques mètres, quelques minutes plus tard, deux étalons  se battent pour la belle ou bien dansent; Difficile de comprendre la raison de cette chamaille.

 

 

 

Ce fut un journée remplie de merveilles et je me considère très chanceuse de pouvoir vivre cette expérience. Il m'a pris deux ans d'organisation pour pouvoir m'y rendre. C'est un processus très long mais pour moi cette inspiration est nécessaire dans mon cheminement pour peindre les plus beaux chevaux sauvages.

 

 

 

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